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”Les sculptures sonores” d'Helena Schmidt

constitueent un réseau d'échos croisés entre hier et aujourd'hui. Ces œuvres composées de médiums actuels tels le son, le plexiglas et les circuits électroniques, questionnent les malentendus générés par les moyens de communication technologiques. Le propos de la plasticienne est fondé sur une interprétation mythologique réactualisée et métissée entre sa culture scandinave d'origine et sa culture gréco-romaine d'adoption. La confluence du passé, des techniques et pensées contemporaines, confèrent à ses ”sculptures sonores” une dimension d'intemporalité, déjà contenue dans l'essence des mythes.

Véronique Vauvrecy

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Le monde parabolique d'Helena Schmidt

 

A Bilbao, les enfants du jardin public jouent à se parler de très loin en chuchotant dans des paraboles en plastique et le titane du Guggenheim résonne quand des voitures passent sur le pont qui l'enjambe. Il arrive ainsi que les formes se mettent à propager des sons et que le son rende tangible l'espace.

Le monde d'Helena Schmidt est ainsi fait qu'il ne s'expose et ne peut se dire, qu'au travers de parables. Frmes géométriques d'où surgissent, quand la parabole se fait antenne, des sons. Bruits aussi que les images font, quand la parabole devient figure de style, et que le message qu'elles délivrent ne peut s'entendre directement. Comme si l'espace était voué à l'invisibilité sans le son qui le parcourt, comme si le son restait muet sans un espace pour le répercuter. Or le monde contemporain nous rend deux fois infirmes: aveugles aux images qui nous assaillent et dont nous n'entendons plus les messages, sourds aux sons qui nous assiègent et dont nus ne saisissons plus la profondeur. Les sculptures sonores d'Helena Schmidt rassemblent ce que nous avons disjoint, nous délivrent de l'indifférence à laquelle Narcisse et Echo furent l'un pour l'autre et pour toujours tenus.

Elles exposent moins des formes qu'elle ne nus exposent à tendre l'oreille pour voir. L'espace ne peut se dire qu'à travers le temps, celui qu'il faut au son pour le parcourir: c'est de cette toute première parabole, qui est aussi le sens propre de la perception, que les œuvres d'Helena Schmidt nous parlent.

 

Alexandra Makowiak

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Ils'agit de l'histoire du Roi Midas racontée et enregistrée. Avec des lumières qui s'allument, traduisant le niveau sonore.

”Ce qui m'intèresse?” s'interroge l'artiste, d'origine suèdoise, ”La communication, les malentendus”...

...Et, apparemment, la mythologie grecque. En effet, sa première œuvre sonore s'intitule ”Echo et Narcisse”.

Elle a commendé avec des dialogues, l'homme et la femme qui se répondaient comme deux miroirs, deux plaques réfl´chissant les haut-pqrleurs situés derrière.

Elle avait aussi concocté un dispositif qui devait piéger des sons fantômes, des sons errant qui travers les murs, les corps, et qu'on peut rendre ”visibles” en se fixant sur certaines ondes. C'est passionnant... mais ca ne marche pas toujours. Du moins pas de facon évidente.

”Je fais du bricolage”, dit Helena Schmidt.

Elle a étudié le son à l'école des beaux-arts de Nantes et elle lâche :

”J'avais un parcours de piano”.

 

Texte de présentation 1er vue, 2ème édition, 2003

Michel Nuridsany 

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Première vue est un tremplin, une preière marche, une facon de mettre en lumière un artiste et son œuvre à ses débuts. Cela correspond à un besoin et à un intérêt chez ces jeunes rencontrés dans les écoles des beaux-arts, dans des ateliers, en France ou ailleurs.

Nous avons invité cette année 26 artistes sans marquer une préférence pour quelque pratique que ce soit: La volonté est de rester à l'écoute de l'art en train de se faire et de s'inventer.

La vidéo côtoie l'aquarelle, la performance vit en bonne entente avec le dessin. Les objets se mèlent aux photographies.

Nous nous voulons divers et ouverts.

Voici donc des vidéos avec Haris Epaminonda, Isabelle Ferreire, Judit Kurtàg, des ”projections de peinture” de Simon Jaffret, un ”dessin filmé” signé Mathieu Rouget. La performance est representée par l'iranienne Anahita Bathaie, l'installation par la coréenne Argentinienne, le taiwanais Chen-yu Wang, Maguelonne Pessaque, Shay Zilberman et Thu Van tran. Ily a des objets ou des sculptures d'Isabelle Ferreira, de laurent Mareschal, de Mélodie Mousset, de Nicolas Tourre et d'Akari Endo. Forte présence cette année de la photo avec Daniel G. Cramer, Philippe Laleu sous forme de trptyque, Sachiko Morita (sur gravure), Tami Notsani, Régis Perray, Julia Staniszewska en grand format. Une seule peinture, en revanche, signée Nicolas Tourre. Vincent Bullat, Wen-chi Lin présentent des dessins de même qu'Isabelle Cornaro qui dessine avec des cheveux. L'aquarelle fait son apparition en grand formatavec Gabriele Chiari de même que le son avec Helena Schmidt.

Allemagne, Angleterre, Autriche, Corée, France, Iran, Israël, Japon, Pologne, Suède, Taïwan: onze pays sont représentés ici pour une exposition qui souhaite être aussi une occasion de rencontres internationales.

Première vue: le nouveau rendez-vous de la jeune création, chaque année en septembre.

 

Michel Nuridsany.

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MST (MESSAGE SANS TEXTE)

Le secret est derrière la fenêtre.

En août 1913, Blaise Cendrars composait ce poème destiné à une affiche publicitaire pour les montres Zénith du Locle :

Record !

Midi bat

Sur son enclume solaire

Les rayons de la lumière

Zénith

Les Surréalistes s’enthousiasmèrent pour cette nouvelle composante du paysage urbain de la modernité : la publicité. Couleurs. Lumières. Mouvements. Lettres clignotantes. Enseignes des Nouvelles Galeries. Les villes changent d’aspect, de rythme, de forme. Les TAM (Textes Avec Messages) parcourent les axes de la cité marchande. TAM TAM pour dire « Achète-moi ! », « Aime- moi ! », « Attache-toi à moi ! ». TAM TAM des mots d’ordre commerçants. La ville veut concurrencer le ciel étoilé :

Le ciel est tout mouvementé de clignements d’yeux imperceptibles

Prunelles, feux multicolores, que coupent, que divisent, que raniment les hélices mélodieuses.

Un projecteur éclaire soudain l’affiche du bébé cadum

Puis saute au ciel et y fait un trou laiteux comme un biberon. (Blaise Cendrars, 1917)

Les TAM ne se contentèrent pas d’occuper les rues, la voie lactée et les façades d’immeubles. Ils prirent position à l’intérieur même de certains bâtiments. Les usines, les hôpitaux, n’abritent plus seulement des machines-outils exécutant scrupuleusement les mouvements ordonnés par l’ouvrier ou l’infirmier. Ils hébergent des machines qui ont leurs mots à dire, qui donnent des indications chiffrées, lumineuses, clignotantes, et parfois même profèrent des ordres. TAM TAM du langage des machines contre-maîtres. Les machines ont des opinions, les hommes ont des opinions : naissance de la doxacratie !

Helena Schmidt a perçu l’accident, la défection partielle de ces machines totalitaires. Les signaux lumineux de sa machine ne révèlent plus aucune signification. La part manquante du message dessine un graphisme insolite, insolent, insignifiant. Les diodes rouges clignotantes forment une nouvelle Pierre de Rosette de l’ère informatique. MST (Message Sans Texte). Le véritable message, c’est l’hypnose. Et soudain, les machines d’écriture deviennent génératrices de malentendus. Poésie visuelle du mal-entendu. Poésie sonore du mal-vu. MST ou le revers du TAM. poème sans métaphores. Dépouillé d’images.

L’objet inventé par Helena Schmidt est suspendu. Il a la forme d’une fenêtre ouverte. Les deux battants réverbèrent le paysage (diodes rouges clignotantes sur fond noir) et le corps du visiteur. Corps à corps. Il y a quelque chose d’imperceptiblement physique dans cette rencontre que l’oreille confirmera. De cette fenêtre, on ne se penche pas pour mieux voir de l’autre côté du miroir. On tend l’oreille pour percevoir le souffle de la machine en phase avec le rythme du clignotement des diodes. Approche médicale ? Presque !Le visiteur ausculte la poitrine de la machine MST. Approche amoureuse ? Aussi ! Deux respirations se conjuguent, s’harmonisent.  C’est alors que le visiteur découvre la seconde sculpture. Celle-ci, immatérielle. Celle-ci, modelée par les vibrations de l’air. Le son prend forme. La sculpture invisible prend l’air. Elle s’évente.

MST, une double sculpture. Une bi-sculpture élektraordinaire. Une forme en plexiglass inventée. Une forme sonore éventée. Helena Schmidt évente comme elle respire le secret derrière la fenêtre.

Marc Mercier

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Le paradoxe-oxymore des « sculptures sonores » de Helena Schmidt  associe et évoque la pesanteur des pierres, des matériaux et des installations des sculpteurs et, en même temps, la légèreté sonore de la « plume », de la « feuille », d’une « brindille » ou le « tintement », le « chuchotement » de mots mystérieux qui vont avec le vent, se propagent, s’insinuent, se réalisent  et se dématérialisent dans notre imaginaire comme les messages ancestraux, profonds, qui nous viennent de la nuit des temps. Qui sont à la racine de notre culture. Ces sons, ces murmures, ces présences prennent un statut de mythes, d’insondables échos à l’origine de la pensée. Helena Schmidt évoque les chants dangereux des Sirènes, le désespoir éternel d’Echos et Narcisse, la tragédie de Midas, pour revenir vers la civilisation contemporaine et ses impasses, ses contradictions, ses souffrances. En suivant les bruissements et les fantomatiques présences-absences des sculpture éphémères mais efficaces et remplies de sens de Helena Schmidt, nous découvrons comment la mythologie et les chants de l’humanité revivent dans l’œuvre d’une « sensible » artiste contemporaine.

Maria Volant

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Ils sortent là de nulle part; des signes, des mots, des images, Alice Olausson les effleure et arrête un choix pour un petit laps de temps. L’enjeu dans son travail c’est de se laisser la liberté de changer et de rejouer ce qui était prévu, de faire les derniers réglages sur place ; parfois pendant la durée même de l’exposition. Avec l’espace comme support, elle remplace les mots, les lettres, par un geste, par un objet ; par des éléments perceptibles. L’idée d’une circulation entre mot et image, entre image et objet, entre l’objet et son environnement est primordiale. C’est ainsi, dans l’espace « Entre », à l’intérieur de l’entre-deux, que Alice Olausson trouve son espace de création. 

    Peut-être que Alice et Helena se sont retrouvées entre deux langues, là où s’est assez diffus mais où l’on est libre de se raconter des histoires. Entre la Suède, leur pays natal et la France, leur pays de choix, elles tournent et retournent les phrases comme des objets qui apparaissent et qui disparaissent dans le détournement du geste. 

    La photo est une solution ainsi que le texte pour Alice Olausson au problème du flux, ce qui rend compte le besoin de repérer un point de vue et l’envie de capturer, de saisir, ce qui échappe ou qui est en fuite. 

    Pour Helena Schmidt derrière les mots et les phrases il y a la figure, la figure humaine. Il y a des rencontres et des échanges, même si le malentendu et l’erroné le remporte toujours. Ici à Gigondas: les dessins des personnes de Färila (un petit village en Suède), dont Fax-Mårten, abandonné par ses parents partis en Amérique, devenu vagabond-conteur. Inspiré par les formes de roches, le programme de dessin aléatoire créé par Gustav a permis à Helena de chercher d’autres visages et d’autres silhouettes, des portraits de gens qui ont ou qui n’ont jamais existé.

    Les recherches plastiques d’Alice Olausson se jouent dans l’intervalle entre apparition et disparition, entre figer ou lâcher, le visible et l’invisible ; de l’intime au partagé. Prise entre les langues, la pensée n’est pas réduite - elle prend au contraire une nouvelle ampleur grâce à cette confrontation. 

    La machine, que vous voyez au sol, déroulant du papier et produisant des taches est une sculpture sonore d’Helena Schmidt. Elle est dénommée ”Léthé”, le fleuve de l’oubli dans la mythologie grecque et romaine. Alètheia (par opposition à Léthé) a longtemps été utilisé pour exprimer le concept de la Vérité, ”hors de Léthé”, hors de l’oubli.

C’est ainsi que les mots circulent, entre deux, entre Alice et Helena.

GIGONDAS juillet 2020 Alice Olausson et Helena Schmidt

© Helena Schmidt